Catégorie : COVID-19

Éditorial – Mobilisations sociales et pandémie

[vc_row][vc_column width="3/6"][vc_column_text]Le contexte de la pandémie de COVID-19 a affecté tout le monde, certes, mais pas tous et toutes de la même manière. Au-delà du « ça va bien aller », elle a exacerbé les graves problématiques sociales, économiques et environnementales. Les mesures sanitaires et gouvernementales pour y faire face ont eu des impacts importants sur les droits des communautés. Dans plusieurs pays en Amérique latine, le slogan « rester chez soi », importé du Nord, qui allait soi-disant sauver des vies, a plutôt eu un effet inverse. Dans un contexte où gagner sa vie implique de sortir de chez soi, le respect de ces mesures signifie mourir de faim pour de nombreuses personnes. D’ailleurs, les décès dus à la faim, bien qu’ils soient difficiles à comptabiliser, auraient désormais dépassé ceux causés par la COVID-19. Comme toujours, le capitalisme et son corollaire, l’extractivisme, ont contourné la crise et en ont profité pour poursuivre l’exploitation illimitée de la nature et engendrer des profits astronomiques. Pendant que la pandémie impliquait la perte de proches et entraînait une avalanche de pertes d’emplois et de revenus, résultant en une augmentation de la pauvreté extrême et de la faim, la richesse des dix hommes les plus riches au monde, quant à elle, a plus que doublé. On compte un nouveau milliardaire toutes les 26 heures depuis le début de la pandémie, mais les inégalités, elles, causent la mort d’une personne toutes les 4 secondes à travers le monde[i]. En Amérique latine, de nouvelles formes de résistance sont nées devant l’absence de soutien étatique. Ce sont les mouvements sociaux et les communautés les plus touchées, avec les femmes à l’avant-plan, qui ont organisé des réseaux de solidarité et d’entraide pour répondre aux besoins de leurs concitoyen·ne·s : livraison de produits alimentaires, popotes populaires, brigades d’agent·e·s de santé communautaires, entre autres. On a travaillé à construire des plans d’autosuffisance sanitaire. Différents groupes et mouvements sociaux se sont tournés vers le virtuel pour poursuivre leurs activités et actions. Des voix sont descendues dans les rues de plusieurs pays – dont le Guatemala, la Colombie, le Chili et le Brésil – pour exprimer leur mécontentement et leur désir de changement. Présent depuis des décennies, ce mécontentement s’est exprimé haut et fort, réunissant divers secteurs de la société, entre autres les jeunes, les femmes et les peuples autochtones, ravivant les voix historiquement marginalisées et résultant en des mobilisations citoyennes sans précédent. De nombreux mégaprojets extractifs ont poursuivi leur cours, ayant été déclarés comme activités essentielles tôt après le début de la pandémie. Cette dernière s’est ajoutée à la pression déjà subie par les communautés, dont les peuples autochtones, pour défendre leurs territoires contre l’extractivisme vorace qui cherche à les transformer en région de développement pour des intérêts privés. C’est le cas, entre autres, du mégaprojet controversé et mal-nommé du Train Maya et de la minière Cuzcatlán au Mexique, qui nous sont présentés dans ce numéro. Utilisant les besoins exacerbés des populations pour redorer leur image, les entreprises extractives ont engendré des profits alors que la population traversait la pandémie en pleine sécheresse. En Colombie, un projet de réforme fiscale visant à augmenter les taxes et touchant entre autres, les produits de base, a été l’étincelle d’une grande grève nationale de huit semaines, à partir de la fin avril 2021. La colère sociale, qui grondait déjà depuis 2008, avec des mobilisations autochtones et étudiantes, a éclaté par la réponse violente du gouvernement. Malgré le vent d’espoir que les élections de mai 2022 laissent présager, un panorama d’incertitude, d’instabilité, de répression et de violence se dessine. L’instabilité politique ne laisse pas pour autant les communautés inactives. En Bolivie, des comités déjà formés à la suite du coup d’État de 2019 se sont mobilisés pour pallier l’absence de soutien de base dans un contexte de confinement strict pendant la pandémie. Malgré l’interdiction de circuler, des collectes et distributions de denrées alimentaires et de kits de médecine ancestrale ont eu lieu dans les zones périphériques de Cochabamba. Voulant garder une indépendance politique, ces actions se sont voulues être une expression de la lutte anticapitaliste, anticolonialiste et antiraciste. Au Chili, les inégalités, déjà fortement présentes, se sont accentuées avec la pandémie. La mobilisation sociale d’octobre 2019 qui mettait en lumière ces fortes inégalités a été ravivée après quelques mois de pandémie devant la colère et la faim de la population. Des initiatives de popotes populaires ont ainsi vu le jour pour répondre aux besoins de base des populations vulnérables, sous le slogan « seul le peuple aide le peuple ». L’action politique et la mobilisation se vivent également à travers des initiatives de médias numériques engagés, comme c’est le cas de RUDA femmes+territoires au Guatemala qui contribue à la lutte féministe, en tant qu’outil de contestation et de défense des territoires historiquement transgressés et épuisés par les violences multiples. Des organisations se sont également préoccupées de garder des liens étroits avec des populations marginalisées et en situation de précarité, comme c’est le cas du collectif Tajpianij à Cuetzalan au Mexique. Les voix qui se rejoignent pour former ce numéro de Caminando proviennent des quatre coins du continent et sont porteuses d’espoir en ces temps incertains. Elles témoignent de la résistance, de la créativité et de la solidarité nécessaires à la construction d’alternatives face au capitalisme destructeur et à l’extractivisme qui s’accentuent malgré un contexte aussi particulier que celui d’une pandémie mondiale. Nous vous invitons donc à parcourir les pages de ce numéro qui a été rendu possible grâce à la contribution essentielle des auteurs·trices, poètes, illustrateurs·trices, traducteurs·trices, réviseur·e·s, membres du comité éditorial et nos précieux partenaires. Nous remercions chacune des personnes pour leur implication. Nous espérons que ce numéro contribuera à une réflexion sur les inégalités préexistantes exacerbées et celles engendrées par la pandémie. Bonne lecture, Marie-Eve Marleau et Roselyne Gagnon   [i]Oxfam international (2022). « La fortune des dix hommes les plus riches du monde a doublé pendant la pandémie alors que les revenus de 99 % de la population mondiale ont été moins importants à cause de la COVID-19 », en ligne : https://www.oxfam.org/fr/communiques-presse/la-fortune-des-dix-hommes-les-plus-riches-du-monde-double-pendant-la-pandemie[/vc_column_text][vc_empty_space][vc_column_text]Crédit illustration de couverture : Liana Perez[/vc_column_text][/vc_column][vc_column width="1/6" css=".vc_custom_1645557528558{padding-left: 20px !important;}"][/vc_column][vc_column width="2/6"][vc_column_text]Éditorial | Marie-Eve Marleau et Roselyne Gagnon Je suis sortie dans la rue | Sharon Pringle Félix La contestation féministe sur le territoire-corps dans les médias numériques | Andrea Rodríguez, Ketzali Pérez, Marta Karina Fuentes et Lise-Anne Léveillé La pandémie dans la vallée d’Oaxaca : des communautés sans eau et une entreprise minière enrichie | Fernanda Sigüenza Vidal La solidarité en temps de pandémie avec le collectif Nuestra Olla Común | Nasya S. Razavi et Ida Peñaranda TOUT EST POSSIBLE ! Le rêve du Paro Nacional en Colombie | Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC) Je suis de la génération du ne pleure pas | Sharon Pringle Félix Résister en pandémie : les peuples autochtones mayas face au mal-nommé Train Maya | Rosalinda Hidalgo Pandémie et mobilisation sociale au Chili : éthique du soin et nouvelles perspectives | Isabel Orellana et Gabriel Poisson Nicolas Guerrero | Iván López Mouvements sociaux au Chili : écoféminisme et interculturalité | Ivette Doizi L’importance des Actions urgentes en soutien à la résistance en Amérique latine depuis le Canada | Équipe des actions urgentes du CDHAL Être autochtone, pauvre et étudiant·e face à la pandémie de 2020 et 2021. Une organisation de jeunes et la COVID à Cuetzalan, Puebla | Ignacio Rivadeneyra Résistance | Martin Pouliot[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]abc

Éditorial – Femmes, pandémie et luttes pour le territoire

[vc_row][vc_column width="3/6"][vc_column_text]Depuis l’avènement de la COVID-19, les risques encourus par quiconque ose placer les biomes et la dignité avant le profit sont encore augmentés. Au « Sud » comme au « Nord », pour certaines femmes, le décret de directives sanitaires s’est avéré absurde, tant la gestion des mesures a été déficiente et l’aide qui les accompagne a été inégalement répartie. La négligence étatique met certaines communautés à grand risque de mourir dans l’indifférence la plus totale, au sein de ces zones dites de « sacrifice ». C’est souvent à partir de ces lieux, où l’aide n’est jamais arrivée, que nous parlent les femmes protagonistes des articles qui suivent. Dans ce numéro de Caminando, ce sont des femmes défenseures et protectrices de la vie, de l’eau, de la nature, des communautés, des territoires, qui prennent la parole et racontent les multiples visages de leurs luttes. Exclusion, marginalisation, criminalisation, paupérisation, stigmatisation, violences genrées, sont les synonymes qu’elles collent à ce que nous appelons « pandémie ». Et si pour les colons du Nord, la pandémie a mis à jour le manque de solidarité et de partage qui a fait en sorte que les plus démuni·e·s sont resté·e·s dans les rues lorsqu’on chauffait des commerces et bureaux vides, ce ne fut pas le cas parmi les réseaux des défenseures des territoires. Le confinement forcé n’a pas brisé les liens et l’organisation bienveillante des femmes, incluant les femmes autochtones et migrantes. Les pages qui suivent dévoilent la façon dont ces femmes, mères, paysannes, guérisseuses ont fait appel à de multiples savoirs ancestraux pour protéger les leurs et leur territoire. Car l’injustice immonde qui suinte du creusement des inégalités a aussi une contrepartie. Voici une invitation à explorer le féminisme décolonial, et à découvrir les récits de résilience, la résurgence des cosmovisions, le renforcement des mouvements de souveraineté territoriale, la création d’une solidarité élargie entre les peuples qui luttent pour la survie de toutes les formes de vie, humaine et non-humaine. Les textes de cette œuvre collective ont été traduits et révisés avec l’intention de laisser transparaître le plus possible la culture et l’expérience des femmes collaboratrices. À l’instar de l’image de la page couverture, notre intention était de les suivre, comme complices, pour transmettre leur message avec transparence, et pouvoir ainsi s’éduquer humblement à partir de leur positionnement. Grâce à nos nombreux partenaires, la revue Caminando continue son élan de développement et touche un lectorat de plus en plus large. Nous remercions toutes les équipes, indispensables et généreuses, qui ont collaboré à concrétiser ce numéro : le comité éditorial, les traducteurs·trices, les réviseur·e·s, les artistes, l’équipe des actions urgentes et du projet migration du CDHAL, et bien sûr, les femmes défenseures elles-mêmes. Bonne lecture, Giulietta Di Mambro et Marie-Ève Marleau[/vc_column_text][vc_empty_space][vc_column_text]Crédit illustration de couverture : Leplesh[/vc_column_text][/vc_column][vc_column width="1/6" css=".vc_custom_1645557528558{padding-left: 20px !important;}"][/vc_column][vc_column width="2/6"][vc_column_text]

Table des matières

Éditorial | Giulietta Di Mambro et Marie-Eve Marleau Les territoires en temps de pandémie : entre ressources et sources de savoirs | Mélisande Séguin Dialogue en défense de la Terre-Mère et de la vie : « Le combat continuera, grâce à nous, grâce aux femmes » | Audrey-Ann Allen, Maïra de Roussan, Alexandre Maheux-Diaz, Rosa Lima Peralta et Giulietta Di Mambro Découdre la crise, tisser le futur : impacts de la COVID-19 sur la vie et les luttes des défenseures mésoaméricaines des droits humains | IM-Defensoras La Hija del Pueblo | Cecilia Muriel Entrevue avec Milena Florez, présidente du Mouvement Ríos Vivos et leadeuse de AMARÚ | Natalia Perez Guérir et rêver en communauté | Entretien avec Luz Marina Escué, par Diana Potes Le peuple ne se rendra pas, carajo ! | Entrevue avec Miyela Riascos, par Jessica Ramos G. avec la collaboration de Martha Lucia Gomez Territoires, pandémie et féminismes à l’heure de la décolonisation | Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC) Ya no mas violencia | Eiling González Jimenez Les femmes autochtones du Brésil mobilisent leur force ancestrale dans la lutte pour leurs droits face à la crise de la COVID-19 | Christiane Julião Pankararu, Rosa Lima Peralta et Maïra de Roussan Réflexions d’une guerrière autochtone de l’Amazonie brésilienne sur la pandémie de COVID-19 | Entrevue avec Maria Leonice Tupari, par Kelly Russo et Rosa Lima Peralta La lutte radicale des femmes paysannes pour la vie : « Semer la résistance, contre la faim et la violence » | Entrevue avec Kelli Mafort, par Rosa Lima Peralta et Wanda Minnig, Stéphanie Doucet, Caio Santiago, Arthur Griot, Audrey-Ann Allen et Amanda Anderson de l’équipe des actions urgentes du CDHAL Kikilla | Mariela Condo Elsa Merma Ccahua : porte-parole des Andes péruviennes face à l’extractivisme et l’invisibilisation | Pamela Moya Carrera Préserver la vie dans le bassin de Puinahua : les femmes Kukama Kukamiria face à la COVID-19 dans un contexte d’exploitation pétrolière | Roxana Vergara Rodríguez rivièrerécit | Katherena Vermette Femmes pour l’eau : la résistance d’une lutte vitale | Carolina Maldonado Pinto, Cristina Ruiz Montegro, Lorena Donaire Cataldo, Maximiliano Cortés Oyanedel et Pamela Díaz Márquez La révolte d’hier nous a préparées pour celle d’aujourd’hui | Constanza C. et Stefanía V. du Comité Socioambiental de la Coordinadora Feminista 8M Le care ou la culture de la sollicitude à travers les Amériques : luttes écoféministes au Québec et au Chili | Gabriel Poisson et Isabel Orellana Chanson pour les 40 ans de Caminando | Joëlle Gauvin-Racine, Dominic Bienvenue et Giulietta Di Mambro Femmes sans statut en lutte pour la régularisation et la dignité | Comité de femmes de l’Association des travailleurs et travailleuses temporaires d’agences de placement (ATTAP) Les femmes Anishnabe répondent à l’appel de l’Odinewin | Entrevue avec Shannon Chief, par Giulietta Di Mambro, en collaboration avec Heather Shantz[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]abc

Éditorial

En ces temps sans précédent historique, qui mettent à dure épreuve les corps, les âmes, et ce qui demeure des démocraties de notre planète, nous vous présentons dans ce premier numéro du volume 35 de Caminando une collection diverse et unie de voix qui transcendent les frontières réelles et imaginaires, venant briser le silence autour des inégalités engendrées et exacerbées par l’avènement de la pandémie de COVID-19. Cette année, Caminando accueille des autrices et auteurs, des poètes, ainsi que des artistes provenant du Canada et de plusieurs pays d’Amérique latine, avec une contribution substantielle du Brésil. Comme toujours, en reflet des valeurs décoloniales grandissantes de Caminando, les textes offerts sont de perspectives, de formats et de nature variés, réunissant des plumes académiques, militantes, poétiques et littéraires, toutes engagées de façon complémentaire à nommer et à dénoncer les injustices et à poursuivre, malgré les anciens et nouveaux obstacles, cette lutte ancrée dans l’amour et l’espoir pour un monde solidaire et libre d’oppressions. Pris dans leur globalité, ces textes font saisir la réelle diversité des abus, explicites ou implicites, s’intensifiant en ces temps de pandémie chez nous comme ailleurs, mais aussi les forces qui les sous-tendent, ainsi que les fondements qui en sont la cause. Se dessine un panorama kaléidoscopique d’expériences d’oppression, selon les contextes sociopolitiques en amont de la catastrophe, qui révèlent en parallèle un portrait protéiforme de résistances, de luttes et de solidarités. Si le virus met en danger la santé physique de notre civilisation, les moyens adoptés pour sa prise en charge par les autorités publiques révèlent à leur tour la persistance du paradigme colonialiste, capitaliste et extractiviste qui continue à les orienter. C’est ainsi qu’au Canada, la crise « sanitaire » a montré à quel point les travailleurs et travailleuses migrant·e·s sont utilisé·e·s, exploité·e·s, pour leur force de travail afin d’assurer la sécurité alimentaire des Canadien·ne·s, sans contrepartie pour leur propre santé, leur sécurité, leur bien-être. Les auteurs et autrices nous montrent en quoi, dans cette pandémie de l’exploitation, les politiques canadiennes régissant le mouvement et le travail des migrant·e·s font poindre les relents d’un colonialisme esclavagiste dont elles et ils dénoncent les violations du droit à la dignité. Ceci se reproduit aussi au Mexique, où le gouvernement ferme les yeux sur les violations des droits de ses ressortissant·e·s mais aussi de ses propres citoyen·ne·s, confiné·e·s sans moyens économiques pendant que l’on permet à l’extraction minière de poursuivre ses ravages, dans une logique marchande qui met le profit avant la vie. Puis, en Colombie et au Honduras, où les régimes militaires ont impunément profité de la crise pour « faire disparaître » des défenseur·e·s des droits et faire taire les mouvements sociaux et grèves nationales par la force, c’est une pandémie de la terreur qui fait rage. Les auteurs et autrices dénoncent le colonialisme meurtrier de ces États criminels où le droit à la vie même est menacé, et où la paix peine seulement à être rêvée. Cette paix tant attendue et désirée par les peuples se trouve bloquée, étouffée, presque invalidée par l’influence de capitaux privés qui assurent la perpétuité de la violence tout en profitant du climat d’intimidation national pour violer le territoire, alimenter les conflits, extraire les ressources naturelles, déposséder la sphère politique dans sa fonction d’intendance au profit de l’accumulation de l’argent. Au Brésil et en Argentine, le négationnisme des autorités face aux conditions de vie des plus vulnérables dévoile la mise en scène d’une pandémie de négligence. L’élitisme flagrant des mesures votées pour lutter contre le virus, qui fait fi des inégalités sociales et de la diversité culturelle, révèle un colonialisme d’État encore souillé d’un racisme profond. Les auteurs et autrices brésilien·ne·s dénoncent l’inaction, les omissions et le mépris du régime, qualifié de nécropolitique, qui porte atteinte directe aux droits à la santé, à l’autodétermination et à la souveraineté territoriale des nombreux peuples autochtones. On ne manque pas, ici non plus, de souligner comment encore une fois le capital profite : des projets extractifs ont gagné le statut d’activités essentielles, ont reçu des subventions et du soutien gouvernemental pour «compenser» leurs éventuelles pertes de revenus, ont fait du marketing pour améliorer leur image, tandis que ces activités sont fréquemment responsables des éclosions de la maladie. Finalement, des autrices nous mettent en garde contre une nouvelle forme de violence, celle de l’extractivisme numérique, dont la virulence s’est décuplée avec l’avènement du virus de la COVID-19. La virtualisation déshumanisante de nos quotidiens, les nouvelles pressions pour normaliser le contrôle social par traçage numérique, la percée de l’intelligence artificielle dans nos vies, par nous et malgré nous, sont des intrusions qui rendent un tournant possible, une pandémie bio-technocratique. Au sein du climat de peur et d’incompréhension planétaires qui semble s’installer au profit de certain·e·s, les voix réunies dans ce numéro de Caminando contribuent à briser le silence sur des dynamiques socio-éco-politiques qui comptent parmi les plus sombres de la pandémie, et aussi, elles s’élèvent, limpides, pour incarner et manifester la face cachée par le discours dominant: la force de résilience, la bienveillance, la capacité d’organisation autonome des communautés, des mouvements sociaux et des sociétés civiles sont aussi des expressions tangibles des effets de la pandémie. Ces voix s’élèvent pour rappeler que derrière les chiffres et statistiques qui déshumanisent et invisibilisent les corps les plus touchés, il y a une myriade de contextes locaux et autant de vécus dont la souffrance issue de violences structurelles s’accompagne humblement d’une créativité résistante et d’une vivance nourrie par le désir d’une existence humaine signifiante, digne, sous le signe de l’interdépendance entre nous tous et toutes, avec, par et dans la Madre Tierra. L’aventure Caminando ne pourrait être possible sans le partage généreux de ces autrices, auteurs, poètes, artistes, bien sûr. Plusieurs artistes ont répondu à l’appel à illustrations offrant généreusement leur talent pour exprimer elles et eux aussi leurs visions de la pandémie et de ses effets. Nous soulignons à ce titre la participation novatrice des élèves de l’école primaire de Port Menier, à Anticosti, pour leurs contributions visuelles issues d’un atelier de discussion portant sur deux articles. Caminando continue d’exister grâce à la précieuse collaboration bénévole des personnes impliquées dans le comité éditorial, la traduction et la révision linguistique, si importantes pour faire connaître en français des voix qui se sont d’abord exprimées en espagnol et en portugais. Un merci spécial à nos partenaires financiers, qui nous permettent de poursuivre la publication de cette revue qui a célébré en 2020 ses 40 ans d’existence, et de continuer à nourrir la conscience que nous sommes d’infimes parcelles, interreliées, d’un gigantesque continuum qui a pour nom humanité. Bonne lecture!abc